By Brian Green, updated October 27, 2025
Des plateformes blockchain aux applis de santé, la gamification s’infiltre partout. Et si cette mécanique de jeu, souvent sous-estimée, portait en réalité les clés d’une adoption massive du Web3 et d’un changement durable des comportements ?
Blockchain : simplifier l’entrée dans un monde complexe
Le Web3, avec ses promesses de décentralisation et de transparence, reste pour beaucoup une forêt technique obscure. Adresses alphanumériques, wallets, smart contracts… Peu de monde y entre sans tâtonner. C’est là que la gamification trouve sa place : en transformant l’interaction avec la blockchain en expérience intuitive et engageante.
Une mécanique déjà familière dans d’autres industries
Avant de faire irruption dans la tech ou la santé, la gamification a longtemps été expérimentée dans des secteurs plus installés. Dans l’univers des jeux d’argent par exemple, les plateformes comme ce casino en ligne suisse ont perfectionné l’art de capter l’attention via des systèmes de progression, des bonus et une narration implicite. Ce savoir-faire, parfois critiqué, a pourtant permis d’identifier ce qui fonctionne réellement pour maintenir l’engagement.
Ces industries servent aujourd’hui de laboratoire grandeur nature à d’autres secteurs qui cherchent à fidéliser leurs usagers tout en les accompagnant vers des objectifs parfois complexes ou abstraits.
Une affaire de génération
Ce n’est pas un hasard si ces approches séduisent particulièrement les trentenaires, très présents dans les crypto. Ils ont grandi avec les jeux vidéo, les mécaniques de progression, les défis et les récompenses. L’économie comportementale montre depuis longtemps que l’environnement influence la décision. En intégrant des éléments familiers, les développeurs Web3 réduisent l’effet d’étrangeté et encouragent l’exploration.
Les utilisateurs plus âgés, eux, sont moins réceptifs à ce langage ludique. D’où une fracture générationnelle qui pourrait peser dans l’adoption à grande échelle.
Récompenses, quêtes et immersion : l’effet Kwit
La même logique est à l’œuvre dans des contextes radicalement différents. L’application Kwit, par exemple, mobilise les codes du jeu pour aider ses utilisateurs à arrêter de fumer. Plus de 4 millions de personnes y ont trouvé une alternative aux approches traditionnelles. Points, niveaux, storytelling : chaque petite victoire est valorisée, chaque échec devient une étape dans une narration cohérente.
On touche ici à quelque chose de plus profond : la mobilisation des émotions. La gamification ne fonctionne pas uniquement parce qu’elle amuse, mais parce qu’elle crée de l’attachement, du sens, parfois même un sentiment de progression identitaire.
Quand le jeu devient social
Dans les deux cas – blockchain ou santé – un autre ingrédient fait la différence : la communauté. Les classements, défis entre pairs ou échanges d’encouragements renforcent l’engagement. C’est un levier puissant, bien connu des plateformes de sport ou des réseaux sociaux, désormais intégré dans des logiques bien plus ambitieuses.
Mais tout n’est pas si simple. Distribuer des badges ne suffit pas. Si le jeu n’a pas de finalité claire, l’engagement retombe aussi vite qu’il est monté. C’est le piège de la “badgification” : croire que récompenser suffit à créer de la motivation.
Quand l’intelligence artificielle entre dans la partie
Avec l’intégration de l’IA, la gamification entre dans une nouvelle phase. Les parcours ne sont plus fixes mais adaptés en temps réel. L’expérience devient personnalisée, presque organique. Cela permet de répondre aux besoins spécifiques de chaque utilisateur, qu’il soit néophyte ou déjà initié, motivé ou hésitant.
Le jeu devient évolutif : plus on avance, plus les défis s’ajustent. Et le storytelling, autrefois générique, s’adapte aux données de l’utilisateur, créant une immersion que peu d’interfaces classiques savent égaler.
Vers une nouvelle interface comportementale
À bien y regarder, la gamification, dans sa forme la plus fine, n’est pas un gadget. Elle s’impose comme une interface comportementale à part entière, capable de guider l’utilisateur, de l’éduquer, de le motiver, d’augmenter sa prise de risque aussi… parfois mieux qu’un manuel, une pub ou un tutoriel.
Et c’est précisément ce qui manque souvent au Web3. Une couche humaine, émotionnelle, presque ludique. Quelque chose qui rende ces technologies plus accessibles sans les dénaturer.
Les outils sont là, les références aussi. Il reste à les articuler avec intelligence, pour que le Web3, loin d’être une affaire de technophiles, devienne un espace réellement vivant et habité.
